Fév 11, 2020
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Dentelles, string, lingerie : les incroyables péripéties des ouvrières Lejaby

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Les petites mains de Lejaby, incarnation du made in France, ont défrayé la chronique pendant de longues semaines lors de la dernière campagne présidentielle. La marque est devenue un des symboles du naufrage de l’industrie en France.

Dans ses années fastes, Lejaby comptait huit usines, en Rhône-Alpes et en Auvergne. Fondée en 1930, Lejaby devient très vite une marque de lingerie mythique. Rachetée en 1961 par les frères Bugnon, elle devient une entreprise internationale et s’exporte partout en Europe et aux États-Unis. Dans les années 80, Lejaby est un des leaders mondiaux de la lingerie et emploie 1 200 salariés. Mais à la mort du PDG Maurice Bugnon en 1996, Lejaby est rachetée par un fond de pension américain. 7 ans plus tard, il délocalise 80% de la production et ferme quatre usines, sans se soucier des petites mains qui font la réputation mondiale du made in France. La marque perd son identité et c’est le début de la fin. L’épilogue a lieu le 18 janvier 2012 à Lyon. Ce jour-là au Tribunal de Commerce, Lejaby est liquidée. Un repreneur est désigné : Alain Prost et ses partenaires rachètent la marque pour 4 millions d’euros. D’emblée, le nouveau patron annonce des décisions radicales. Pour sauver ce qu’il reste de l’entreprise, Alain Prost doit fermer un site, celui d’Yssingeaux, et licencier les 93 salariés. Dans un climat extrêmement tendu, en pleine campagne présidentielle, c’est la goute d’eau qui fait déborder le vase : Lejaby devient le symbole de la casse sociale provoquée par les délocalisations. Les médias s’emparent de l’histoire, les couturières occupent l’usine.

Un feuilleton social qui tient la France entière en haleine pendant plusieurs semaines. Sans relâche, les petites mains de Lejaby vont alors se battre pour sauver leur emploi et leur usine. Ce combat, nous l’avons vécu avec elles, de l’intérieur.

Nous nous sommes immergés pendant plusieurs mois au sein de 3 sites de l’ancienne marque de lingerie. Nous avons suivi les salariés, mais aussi les patrons et les syndicalistes. Dans l’un des sites, à Rillieux-la-Pape, Alain Prost, le repreneur, a conservé 193 salariés et se lance dans un défi presque impossible : sortir une nouvelle collection haut de gamme en un temps record. Pour convaincre les acheteurs des grandes enseignes, il doit faire défiler ses créations au salon international de la lingerie qui a lieu dans 6 mois. « C’est un défilé qui est vital pour nous. On essaye de faire nos premiers pas dans le monde du luxe, et c’est compliqué ! » Nicole Mendez avait 22 ans quand elle est arrivée chez Lejaby. Pour cette syndicaliste, le projet d’Alain Prost est un suicide industriel. « Ce n’est pas demain qu’on va arriver à sortir une nouvelle collection, ce n’est pas possible ! Il nous faut 18 mois de développement pour une collection ! ». À Yssingeaux, 93 femmes ont été licenciées ; des femmes en colère qui votent pour l’occupation leur usine jusqu’à nouvel ordre. Jacqueline, ouvrière depuis 36 ans, crie son désespoir. « Ce matin j’avais les boules de me lever, mais j’ai dit je serai quand même à l’heure pour pointer et j’étais à l’heure pour pointer ! Ils ont profité de nous, c’est du fric, du fric tout le temps du fric, et puis l’ouvrier c’est de la merde, on le balaye et puis voilà ! ».

Productions Tony Comiti. Auteur : Manolo d ’ Arthuys.

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