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Critique Sweet Tooth sur Netflix, le conte trop sucré

Bien loin de la série originale de Jeff Lemire, l’adaptation Netflix de Sweet Tooth voulait faire de la saga horrifique un voyage familial aux allures de conte de fées… quitte à nous faire frôler l’indigestion.

Après Locke & Key, Umbrella Academy ou plus récemment Jupiter’s Legacy, annulé après seulement une saison, Netflix pioche encore une fois dans le registre des comics pour nous offrir Sweet Tooth, la série adaptée de la saga éponyme de Jeff Lemire. Une arrivée particulièrement attendue sur la plateforme, qui nous plonge dans l’univers fantastique et pourtant très actuel de Gus, un hybride, mi-humain mi-animal qui tente de survivre dans un monde dévasté.

Une réécriture aux allures de conte familial

Dans les comics originaux, Sweet Tooth n’a rien d’un conte de fées. L’univers que doit affronter Gus après le Grand Effondrement est macabre, sombre et torturé, magistralement porté par le trait émacié de Jeff Lemire. Pour son adaptation sur petit écran, Netflix n’avait jamais caché vouloir faire de la saga un conte fantastique familial plutôt qu’un voyage horrifique. Pari réussi pour les réalisateurs Jim Mickle et Beth Schwartz, qui nous livrent dès les premières minutes une aventure pleine de tendresse et d’optimisme. Si la violence du monde qui entoure les personnages est régulièrement évoquée, elle reste très édulcorée par rapport au comics sorti en 2009 aux États-Unis. La réglementation ne s’y trompe d’ailleurs pas, puisque Sweet Tooth est seulement déconseillé au moins de 13 ans.

Sweet Tooth sur Netlfix
© Netflix

Si la série assume s’inspirer très librement de l’œuvre originale, la dystopie imaginée par Jeff Lemire reste la ligne directrice de l’action : dans un monde ravagé par une mystérieuse pandémie mortelle qui ferait passer le covid-19 pour une gentille grippe, quelques survivants tentent de s’adapter aux conséquences du Grand Effondrement. Parallèlement à ce mystérieux virus, des enfants hybrides, mi-humains mi-animaux naissent immunisés. Entre peur et fascination, le reste de l’humanité y voit inévitablement un lien avec la pandémie, et entreprend de les traquer pour les étudier et trouver un remède.

C’est dans ce contexte apocalyptique que Gus (Christian Convery) est élevé par son père (Will Forte) pendant neuf ans dans une réserve naturelle isolée. Après une enfance loin des dangers du monde, la réalité finit évidemment par rattraper Gus, qui décide de quitter sa cabane pour partir à la recherche de ses racines avec Jepperd (Nonso Anozie), un marginal taciturne et antipathique dont il ignore tout.

La force de l’amooour (et des personnages)

S’ils se différencient — parfois radicalement, des personnages originaux des comics, les protagonistes de Sweet Tooth restent particulièrement attachants. Malgré son jeune âge, Christian Convery est brillant de justesse. L’acteur incarne à merveille le personnage de Gus dans toute son innocence et sa mignonnerie. Difficile de ne pas fondre devant son optimisme contagieux, surtout face à la figure bourrue (mais toujours pleine de bons sentiments) de Jepperd. Petit bémol cependant, si les effets spéciaux se révèlent particulièrement réussi sur les personnages principaux (Gus et Wendy notamment), c’est une autre paire de manche pour le reste des enfants-hybrides, qui frôlent parfois le raté.

Mais pendant qu’il parcourt l’Ouest américain, le duo n’est pas seul à faire face au danger. Quitte à en faire un peu trop, l’adaptation de Robert Downey Jr et Susan Downey multiplie les intrigues dans cette première saison, et nous invite à découvrir la naissance du refuge créé par l’ancienne thérapeute Aimee (Dania Ramirez), ou encore le quotidien du docteur Adi Singh (Adeel Akhtar), qui tente de mettre au point un remède pour soigner sa femme touchée par la Maladie. Les spectateurs et spectatrices pourront aussi découvrir le grand méchant de l’histoire, à travers le général Abbott (Neil Sandilands), chef d’une milice qui traque les hybrides et fait régner la terreur sur les derniers survivants de la région.

Malgré quelques aller-retours parfois difficiles à suivre — même avec les interventions du narrateur, les différents personnages se paient le luxe d’être tous très réussis. Chacun pose à sa manière des questions éthiques sur la pandémie, et permet d’apporter au discours une dimension plus adulte qui finit par manquer à cette adaptation édulcorée.

Overdose de sucre

Dans les comics, Jeff Lemire n’épargne pas ses lecteurs. La candeur toute relative de Gus est continuellement mise à mal par la cruauté du monde qui l’entoure. Brutale, violente et pessimiste, l’œuvre originale ne trouve une lueur d’espoir que dans son dénouement final, après quarante chapitres sombres et haletants. Dans la série Sweet Tooth, les aventures de Gus empruntent un autre chemin, et profitent d’une relecture beaucoup plus douce. Un parti-pris affirmé, qui s’avère être une vraie réussite sur le plan visuel, mais qui souffre de bon nombre d’incohérences, quitte à parfois frôler la crise de foie. On regrette ainsi les méchants, pas aussi méchants que ce qu’on aurait pu espérer dans un univers dévasté et apocalyptique, mais aussi quelques facilités scénaristiques flagrantes, comme le fait que les survivants continuent de profiter de l’électricité, des jeux vidéos en VR ou de l’eau courante par exemple. Des incohérences qui ont rapidement tendance à plomber le récit pour lui faire perdre en réalisme.

Sweet Tooth sur Netlfix
© Netflix

Même constat pour le groupe d’adolescents éco-révolutionnaires menés par Ours. Absents de la série originale, ces derniers se révèlent rapidement assez creux, et leur discours écologiste plutôt superficiel par rapport à la profondeur de certains sujets abordés dans la série. L’idée aurait pu être intéressante, mais l’ajout de ces “enfants sauvages”, sans doute destinés à séduire un public adolescent, ne convainc pas. Dans le même esprit, le personnage de Jepperd, quoique sympathique, manque cruellement de dimension, et se révèle finalement aussi édulcoré que le reste de la série, alors qu’il bénéficie d’une véritable ambivalence dans les comics. Ajoutez à cela les références parfois très lourdes, à notre propre pandémie (notamment lors d’un débat entre un pro-masque et un anti-masque), et le résultat peut rapidement frôler l’overdose de guimauve tant la série manque parfois de nuances.

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